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Catégorie : Berry

Le 25 juin 1944 à Thauvenay, l’Oradour berrichon

Le 25 juin 1944 à Thauvenay, l’Oradour berrichon

Pour ce huit mai, je voudrais relater un évènement tragique survenu à Thauvenay le 25 juin 1944, soit un mois après une autre tragédie qui avait l’objet d’un article sur le blog :

La fusillade des Fours à Chaux, le Maquis de Veaugues

Le dimanche 25 juin 1944 en début d’après-midi, un détachement allemand venant de Cosne-sur-Loire s’arrête contrôler des jeunes du village. L’un d’entre eux prend peur et tente de se cacher ; un soldat allemand abat alors Robert et Maurice MOLLET âgés de 16 et 24 ans, blessant leur jeune frère.

L’Emancipateur, 22 juin 1950

Un allemand se rend dans une maison, où un homme caché (sans doute un résistant) abat  le soldat. Les représailles seront sanglantes.

Des hommes arrêtés sur la route, et qui se trouvaient dans le camion allemand, sont emmenés dans le parc du château. Une colonne de camions vient de Cosne, apportant plaques et grenades incendiaires.

Les hommes arrêtés seront fusillés, les soldats tirent en tout sens, des rafales de mitraillettes atteignent les murs du château où les enfants de l’école ont été mis à l’abri, faisant une jeune victime de plus, âgée de seulement huit ans.

Puis c’est l’incendie du village. Les pompiers qui viennent de Sancerre sont repoussés. Le maire avait contacté la kommandantur de Bourges, les soldats reçoivent alors l’ordre de cesser.

Le bilan sera de 7 morts, 3 blessés, 18 prisonniers dont 9 seront déportés. Souvenons-nous du nom des victimes :

Roland Doucet, Robert Lavevre, Lucien Maillard, Paul Josserand, Maurice Mollet, Robert Mollet et Raymond Voyemant

Mon grand-père m’en avait parlé. Dans ma mémoire il me semble qu’ils avaient vu de très loin la colonne de fumée, et cela l’avait beaucoup marqué car les victimes étaient des jeunes de la région (il avait 18 ans).

L’Émancipateur, 22 avril 1949

 

Sources

Discours du maire de Thauvenay pour 70ème anniversaire de l'événement.

Article du Berry Républicain en date du 1er juillet 2014

L'Emancipateur, 22 avril 1949 et 22 juin 1950.

 

 

Les mariniers de Saint-Thibault [Défi 3 mois]

Les mariniers de Saint-Thibault [Défi 3 mois]

Voici enfin venu le dernier article du défi 3 mois, dont la durée aura finalement été triplée ! Après avoir détaillé la vie de nos protagonistes, les sœurs Cécile et Thérèse FOREST, Louis LEDUC et Simon GROSLIER, voici un article plus général sur les mariniers (ou bateliers) de Loire.

  • Les mariniers de Loire

Tout le monde l’a appris en cours de géographie : la Loire est le plus long fleuve de France. S’il fut une importante route de transport de marchandises, il n’en reste pas moins que c’est un fleuve capricieux.

Les bateliers sur la Loire étaient exposés, plus encore que les autres professions aux conditions météorologiques. La Loire a une tendance à l’ensablement, et n’est plus navigable en été, et ce parfois assez tôt en saison. Vu la hauteur du lit de la Loire, la solution fut l’utilisation de bateaux à fond plat.

La Loire pouvait de plus être particulièrement dangereuse en hiver avec d’importantes crues. J’avais d’ailleurs rapporté la noyade du fils d’un couple d’ancêtres dans un précédent article.

Si le transport se développa malgré tout, c’est que la Loire possède d’autres atouts. Un point extrêmement positif pour le tronçon qui va d’Orléans à Nantes : il est possible de remonter le fleuve grâce à la force des vents d’ouest. Mais en amont d’Orléans, le tracé du fleuve se modifie. Deux possibilités pour les bateliers sur ce tronçon pour revenir à bon port : le halage, ou la vente pure et simple de leur embarcation.

Orléans était une véritable plate-forme de commerce, en ayant la particularité d’être la grande ville sur la Loire la plus proche de Paris.

Carte du cours de la rivière de Loire / [Tassin] – Source gallica.bnf.fr –  Saint-Thibault se situe au nord de Nevers

Le transport se faisait sur ordre d’un marchand qui choisissait un « voiturier » au port. Le voiturier (autre nom du marinier) constituait ensuite son équipe. Il fallait bien entendu que la marchandise arrive le plus vite possible et en bon état à destination. Le transport par eau fut détrôné entre le fin du XIXème siècle et le début du XXème siècle.

  • Et Saint-Thibault ?

La présence d’un port à Saint-Thibault est d’origine très ancienne. La cité de « Gordona » fut construite par les romains, puis détruite  au VIème siècle (crue exceptionnelle ou pillage suivi d’incendie). Les habitants se réfugièrent un peu plus loin vers la future Saint-Satur.

Les tracés des anciens ponts, du Ier et IIème siècle, sont encore visibles lorsque la Loire est basse, en amont du pont actuel.

Source gallica.bnf.fr

Quelques siècles plus tard, on retrouva donc à Saint-Thibault une importante communauté de mariniers. Ils devaient transporter du vin, mais sans doute aussi des pierres car plusieurs carrières se trouvent dans la région. Et en retour, ils devaient remonter du sel, voire des épices venues des colonies.

Si les mariniers de Loire ont pour patron Saint Nicolas, ceux de Saint-Thibault avaient une dévotion toute particulière pour saint Roch.

 

Quelques ressources complémentaires :

– Nos ancêtres Vie et métiers n°26 – Métiers des fleuves et rivières.

– Bateliers sur la Loire. Françoise de Person. 268p. Edité en 1994.

Deux registres de Saint-Bouize réapparaissent !

Deux registres de Saint-Bouize réapparaissent !

Le hasard fait bien les choses ! Pour mon premier article de cette nouvelle année, je voulais parler de paléographie ; mais j’avais toutes les peines du monde à trouver le document qui m’inspire !

Et voilà que je viens de voir sur le site des archives du Cher une histoire étonnante concernant des archives de Saint-Bouize, l’un des villages de mes ancêtres.

Deux registres paroissiaux de 1668 et 1669 viennent en effet d’être versés aux archives, alors que les exemplaires jusqu’à présent disponibles ne commencent qu’en 1674. Ces deux registres de 30 pages chacun auraient été détenus par le curé de la commune puis transmis à ses héritiers. Ils étaient recouverts de pages de livres liturgiques en parchemin (comme on peut le voir sur la première page). Comme je n’ai pas le droit de diffuser les images, je vous recommande d’aller sur le site des archives.

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Source : Archives du Cher – E dépôt 5572

J’ai reconnu quelques patronymes que je croise fréquemment dans les archives, peut-être des ancêtres ? Un certain LINARD par exemple…

Mais pour le moment les plus anciens ancêtres de Saint-Bouize que j’ai découvert ont vécu au XVIIème siècle, donc je ne vais pas pouvoir utiliser ces registres pour le moment…

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Mes plus anciens ancêtres retrouvés à Saint-Bouize

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Les églises disparues de Saint Rombre à Sancerre [vidéo]

Les églises disparues de Saint Rombre à Sancerre [vidéo]

Je partage avec vous une vidéo mise en ligne par le journal « Le Berry » dans le cadre de leur émission « Les petits Secrets du Berry ».

Ils font halte à Sancerre pour nous faire découvrir les églises de Saint Romble avec le Cercle Historique et Archéologique du Sancerrois.

 

Les fléaux atmosphériques – Jean-Claude Bonnet [Livre]

Les fléaux atmosphériques – Jean-Claude Bonnet [Livre]

Attention petite pépite pour qui a des ancêtres dans le Haut Berry !

En fouillant chez mes parents, j’ai trouvé ce livre offert par mon grand-père : « Les fléaux atmosphériques en Sancerrois, en Charitois et Haut Berry ». Ceci correspond parfaitement la zone de vie de mes ancêtres.

Cet ouvrage traite d’événements « exceptionnels » qui se sont produits, en s’appuyant sur les registres, journaux, mémoires et autres livres anciens. Ces événements sont restitués chronologiquement pour chaque catégorie.

Grands froids et rudes hivers ; crues et inondations ; sécheresses, canicules et pluies persistantes ; grand vents, tempêtes, ouragans, orages et grêles ; disettes et famines ; la peste en Berry ; incendies mémorables et ravageurs…

Bref, de quoi mieux comprendre ce qu’ont vécu mes ancêtres, voire formuler des hypothèses lorsque de nombreuses morts sont survenues. J’ai entrepris de construire une frise chronologique « locale » reprenant ces informations et qui serait simple à utiliser.

Les fléaux atmosphériques en Sancerrois, en Charitois et en Haut Berry. Jean-Claude Bonnet. 2009.  142 pages.

Les sorciers du Carroi de Marlou. Un procès de sorcellerie en Berry.

Les sorciers du Carroi de Marlou. Un procès de sorcellerie en Berry.

 

Dans l’Berry on n’a pas de pétrole, mais on a des sorciers.

 

Pour ceux qui ne le sauraient pas, le Berry est une terre de sorciers, birettes [1] et autres meneurs de loups. Le musée de la sorcellerie est d’ailleurs l’un des lieux les plus visités du département du Cher.


Concernant la sorcellerie, une affaire en particulier est célèbre dans le Sancerrois, celle du « Carroi de Marlou » [2] situé au-dessus du village de Bué.

 

Habituellement les pièces des procès en sorcellerie n’étaient pas conservées … mais celles de cette affaire l’ont été ! Et ont été publiées sous forme d’un ouvrage il y a quelques années [3]. Le dossier  reproduit  les dépositions, interrogatoires, confrontations, et les témoignages sur les possessions, le sabbat …



L’affaire du carroir de Marloup

Je ne vais pas reprendre ici toute l’histoire racontée dans le procès, mais la description de quelques protagonistes et des principaux faits.


Celui par qui l’affaire arrive à partir de l’automne 1582 est Bernard GIRAULT (homonyme de mon beau-père). Un sorcier, Jehan TABOURDET, l’aurait possédé en faisant venir à lui par l’intermédiaire de son cousin, une petite bête noire (une sorte de taupe sans pied ni poils et de la grosseur d’un sabot) qui lui demande de renoncer à Dieu. Différentes séances d’exorcisme auront lieu, puis un procès à partir du 21 décembre. Celui-ci s’appuiera sur les dires du jeune homme, de voisins des prétendus sorciers et des dépositions des accusés. Pas moins de cent soixante personnes seront citées ou interviendront directement dans le procès. Le tout sur fond d’ensorcellement d’enfants ou d’animaux, de maladies.

Revenons un peu à nos sorciers.

Jehan TABOURDET, dit des Berthilles aurait rencontré le diable à de multiples reprises et assisté au sabbat. Un soir en revenant de Neuilly en Sancerre, au Bec d’Assiette, il rencontre un homme habillé de noir qui le tente ; ce n’est autre que le diable. Cinq ans plus tard celui-ci revient frapper à sa porte, et l’emmène au Carroi de Marloup où se tient le sabbat avec cinq ou six personnes, mais il n’y prendra pas part. Il rencontrera ensuite à de multiples reprises le diable et ira au moins une fois par an au sabbat.
Le Bec d’Assiette de nos jours. Source : google streetview

 

Un autre protagoniste est CAHOUET, connu comme sorcier et meneur de loup. Un certain Loys FROU racontera qu’après avoir refusé de rester souper chez lui, il fut contraint d’y retourner à cause de mille loups lui barrant la route. Durant le procès il niera tout ce qui lui est reproché.


Le diable apparaît sous différentes formes : souvent sous forme d’un cavalier noir, ou bien un chat noir, un cheval noir.
Le fameux sabbat y est décrit : on danse à l’envers, il y a des chandelles noires, on adore le derrière du diable sous la forme d’un  homme en noir. Il s’y passe des choses non racontables ici entre sorciers et sorcières, voire avec le diable. Souvent à la fin, le diable donne des poudres aux participants, qui auraient la particularité de faire mourir.

 

Le croisement du carroir de Marloup de nos jours. Source : google streetview



Extrait de l’interrogatoire de Joachim GIRAULT, dit le bossu de la Brosse

[…] Fut lors porté au sabat au carroy de Marlou où il adora le diable en forme d’homme noir, luy baisa le derrière comme les autres qui y estroient, dansa avec eulx, et apres la danse le diable leur maistre, qui se disoict avoir nom Chevau, eut accointance charnelle avec la femme de François Macé de Chavernolet, et chascung d’eulx après lui […]
A l’issue du procès, cinq hommes seront pendus et étranglés puis leur cadavre brûlé. Une sorcière présumée est retrouvée pendue en prison, son corps sera brûlé. Exécuté au carroi de marloup, TABOURDET se rétractera.


Sur l’ouvrage

Il ne se contente pas de retranscrire les pièces du procès. Chronologie, cartes, lexiques, liste des noms de personnes et des lieux qui permettent de s’y retrouver plus facilement au milieu de tous ces personnages. A la suite du texte, se trouvent différents études sur l’histoire locale, le procès, les stratégies de l’accusation ou encore les sorciers d’hier et d’aujourd’hui.

 

[1] Sorte de spectre en chemise
[2] Carrefour des mauvais loups
[2] Les sorciers du Carroi de Marlou. Un procès de sorcellerie en Berry, 1582-1583. Nicole Jacques-Chaquin et Maxime Préaud. Editeur : Jérôme Millon, novembre 1998. Collection Atopia. 511 pages.

Patrimoine du Sancerrois [site internet]

Patrimoine du Sancerrois [site internet]

Je viens ici faire la publicité d’une initiative du conseil général du Cher à saluer chaudement, le site intitulé Le patrimoine du Canton de Sancerre.
Le service de l’Inventaire du patrimoine a mené une étude dans le canton de Sancerre en 2000, et un site a été créé en reprenant les informations sur la cartographie et bien entendu le patrimoine architectural et mobilier.
Le site comprend :
– Une présentation générale, avec notamment la méthodologie utilisée : comment ont été repérés, puis sélectionnés les monuments ?
– Une présentation du canton : géographique, historique, bien entendu une page sur le célèbre vignoble ainsi qu’une bibliographie des ouvrages et sources utilisées.
– Un accès par commune :

* Avec une présentation géographique et historique. Il comprend de nombreuses cartes, dont une que j’affectionne particulièrement sur l’implantation des habitats y compris disparus. Une aubaine pour repérer les lieux-dits dans les actes.

* Une analyse générale de l’habitat.

* Un accès aux habitats repérés avec un accès cartographique, topographique ou thématique.

Exemple de maison de vigneron à Verdigny sur google maps.

Un bon moyen d’approcher la vie de nos ancêtres dans le canton !

Villages de mes ancêtres, Sury-en-Vaux #1 le chemin de l’école

Villages de mes ancêtres, Sury-en-Vaux #1 le chemin de l’école

A l’initiative de Sophie Boudarel, nous sommes invités à nous pencher sur les villages de nos ancêtres. Je ne peux malheureusement pas y retourner cet été, mais je prévois une série de quelques billets pour vous les faire connaître.
Le village que je rencontre le plus souvent dans ma généalogie est Sury-en-Vaux, dans le Cher. Il y aurait bien des choses à raconter, aujourd’hui je vous ferai simplement découvrir le chemin d’école de mon grand-père. Habitant dans un hameau, il lui fallait parcourir près de 1,5 km aller sur un chemin bien  sympathique l’été, mais qui devait l’être beaucoup moins en plein hiver !
Je vous propose des captures d’écran actuelles des endroits les plus bucoliques de ce chemin. Elles proviennent de Google Street View, et ils ont eut la bonne idée de prendre leurs clichés en fin d’été.
Si ma généalogie était … un poète

Si ma généalogie était … un poète

Cela serait certainement Jean-Louis BONCOEUR. Un homme de lettres, qui a écrit presque par hasard des pièces paysannes. Se dessine alors le personnage de Jean-Louis Boncoeur, berger diseur de poèmes. Mon grand-père m’en a offert le recueil « Le Berger m’a dit… ». Un homme qui a œuvré pour sauvegarder « l’esprit berrichon ». Bien loin de l’accent forcé que certains humoristes prennent en parlant berrichon, je vous invite à écouter ce poème récité, je crois vraiment entendre les « vieux » de mon village …

 

Je me suis inspirée du blog Des Branches dont l’auteur s’est lancé dans le portrait chinois de sa généalogie. Quelle bonne idée !

Encadrer, éduquer, protéger – l’enfance à travers les archives XIXe – XXe siècle

Encadrer, éduquer, protéger – l’enfance à travers les archives XIXe – XXe siècle

Je relaie ici une exposition présentée aux archives départementales du Cher, du 26 mars au 16 juin 2013. Être enfant entre le XIXe et le XXe siècle : ça ressemblait à quoi ?

Source : archives18.fr

Honnêtement, vu ce que j’ai découvert dans ma généalogie, peu de risque que la vie de mes jeunes ancêtres ait ressemblé à la photo ci-dessus. Ils devaient plutôt aller travailler jeunes dans la champs, lorsqu’ils avaient la chance d’avoir survécu aux premières années très dures dans les campagnes.

Voici ce qui est inscrit sur le site des archives pour présenter l’exposition :

Dans la conscience collective l’enfance est souvent associée à l’insouciance, aux jeux et aux jours heureux. Ces images idéalisées produites par un monde d’adultes peuvent recouvrir des réalités contrastées selon les pays, les époques, le milieu social ou familial dans lequel les enfants ont vu le jour. Elles sont issues de la lente prise de conscience d’une condition spécifique de l’enfant dans les sociétés contemporaines. Le sort des enfants désoeuvrés au milieu du XIXe siècle, décrit par Dickens ou Hugo, trouve un écho frappant dans les archives de cette époque. Conditions de travail des apprentis dans les usines, vie des jeunes ouvriers dans les campagnes et lents progrès de la scolarisation sont connus mais à la lumière des documents d’archives revivent intensément. D’autres thèmes tels que les expériences nouvelles tentées pour la détention des mineurs délinquants, le développement de l’assistance publique ou le destin des enfants dans les guerres mondiales n’avaient jamais fait l’objet d’une exposition dans le département.

Pour tous ceux qui ne pourront pas s’y rendre, il est possible de télécharger le catalogue de l’exposition ici (il faut s’inscrire sur le site scribd pour télécharger).